Alliance et Fécondité






Alliance et Fécondité : association de lutte contre la stérilité des couples  
DES COUPS DE PIED DANS L'EPROUVETTE
TITRE : Des coups de pied dans l'éprouvette
SOUS-TITRE

AUTEUR : Debry Jean-Michel 

Présentation : Biologiste, docteur en science, Jean-Michel Debry partique les procreations medicalement assistees depuis quinze ans. Auteur de nombreux articles et d'un premier ouvrage, La fertilite contrariee, il est egalement chroniqueur à Athena, magazine belge des technologies.

L'auteur se presente lui-même :
"L'accès à l'âge adulte, les dissensions nees au sein de l'Eglise, l'interêt pour d'autres types d'aspirations, notamment scientifiques, m'ont eloigne plus que largement de la pratique religieuse.  Un catholique de second choix, en somme, mais estampille d'origine, tout de même, sacrement à l'appui. Or ne voilà-t-il pas que ce même catholique pratique la FIVETTE et les techniques apparentees : du conditionnement du sperme de donneur en vue d'IAD à la congelation embryonnaire. Du tout-reprehensible aux yeux de l'Eglise. S'agit-il d'inconscience ou de naïvete ? De bravade ou de franche provocation ? Les paris sont ouverts... Mais la reponse est simple et immediate, evidemment : il ne s'agit ni de l'une ni de l'autre de ces attitudes. En depit d'une opposition clairement affirmee de l'Eglise vis-à-vis des PMA, j'ai accepte d'être un artisan des procreations assistees, et pire, de le rester. Mais avec une reserve de taille cependant : pas pour y faire n'importe quoi". (P. 175-176)

PREFACE : Albert Jacquard
EDITEUR : Artel - Fides (Quebec) - COLLECTION : Catalyses - Annee : 1997 - Pages : 200
TYPE : Essai d'ethique biomedicale

NOTRE AVIS :
Un livre au ton très libre. L'auteur y expose ses convictions très personnelles, egratignant certaines manières de faire ou de penser. Si certaines objections sont evacuees un peu trop facilement (concernant le clonage par exemple), si malgre le titre d'un chapitre, l'aspect religieux est seulement survole, si certains sujets ne sont même pas evoques (don de sperme ou d'ovule), ce livre merite quand même d'être lu pour son ton irreverencieux, et ses positions inhabituelles sur l'ICSI ou le don d'embryon, ainsi que pour ses explications de l'infertilite masculine.
Neanmoins on reste quand même sur sa faim. Et les coups de pieds lances dans les eprouvettes ne sont pas de nature à les faire exploser definitivement . Des coups de pieds d'embryon, en somme.
SOMMAIRE

1. Clonage, elucubration et science-fiction

2. Le DPI, diagnostic pre-implantatoire

3. Le choix du sexe

4. L'infertilite masculine... ou l'art d'accomoder les restes.

5. SUZI, ICSI et compagnie

6. De l'embryon à l'enfant ou du meilleur au pire.

7. Et Dieu dans tout ça ?

EXTRAITS

L'ICSI est-elle une technique dangereuse ?
"A en juger par la frequence des naissances et le bon etat de sante apparent des bebes conçus, on peut difficilement parler de danger." [...]

"S'il n'y a pas de danger apparent, il y a des risques bien reels." [...]

"Si les enfants-ICSI, dans leur plus jeune âge, semblent exempts de toute anomalie, rien, dans l'etat actuel des choses, ne permet d'exclure le fait que l'une ou l'autre de ces anomalies puissent survenir avec retard, y compris à l'âge adulte." [...]

"Il faut être realiste et vigilant. A ce titre, il paraît imperieux d'assurer le suivi medical du plus grand nombre d'enfants-ICSI afin de pouvoir deceler, le plus vite possible le cas echeant, une eventuelle anomalie et y porter remède. C'est une des raisons pour lesquelles l'ICSI devrait être reservee à quelques centres necessairement multidisciplinaires capables et desireux de cerner en permanence un maximum de paramètres, y compris ceux qui concernent la sante des enfants conçus." (P. 149-150)

"On sait depuis quelques annees que les spermatozoïdes peuvent constituer des transporteurs privilegies d'ADN etranger. Le simple fait de barboter dans un milieu de culture qui en contient suffirait à ces cellules actives pour en saisir les fragments qui, par les bienfaits de la micro-injection, risquent de se retrouver à l'interieur de l'ovule où ils n'ont rien n'a faire et où ils pourraient être malencontreusement integres au genome du futur embryon. Avec toutes les consequences qu'on imagine. Même chose, evidemment, pour de l'ADN viral apporte dans le milieu de culture par le serum sanguin utilise. Ici encore, on n'ose imaginer ce que donnerait l'insertion d'un tel genome dans celui d'un zygote.

Bref : on prend conscience aujourd'hui du fait que des risques potentiels existent, qu'ils pourraient avoir des consequences difficilement calculables ; à un moment où les bebes ICSI se comptent dejà par milliers..." (P. 145-146)

LE DPI
"Le diagnostic prenatal ne resout rien. Il apporte simplement un contrôle qui mène à une eventuelle selection.

Deplacement du problème ne signifie pas pour autant derobade : les couples qui en ont fait l'experience savent le renoncement et l'abnegation que cela implique.

Pour resumer, le diagnostic preimplantatoire constitue incontestablement un progrès par rapport au diagnostic prenatal classique dans la mesure où il porte sur des embryons à peine formes avec lesquels aucun contact charnel n'a encore pu être etabli.

Une destruction embryonnaire (pour cause d'anomalie ou de sexe non desire), si elle est necessaire, n'affecte en theorie qu'une partie des embryons. Les lois de segregation mendelienne des chromosomes assurent la normalite statistiquement prouvee d'une partie des embryons formes.

Le choix d'une telle destruction peut être d'autant plus facile à prendre par les couples qu'elle est pratiquee par un anonyme en blouse blanche, dans un laboratoire. La responsabilite de l'acte est deplacee, le geste aseptise, propre, en quelque sorte, invisible à l'oeil nu. On est loin de la resignation parfois douloureuse d'une mère qui consent à faire interrompre une grossesse, partie integrante d'elle-même depuis plusieurs mois dejà.

Dans le cas du DPI, l'embryon replace n'est plus le debut possible d'une belle histoire ; c'est un produit dejà abouti, teste, estampille, auquel il reste simplement à s'implanter." (P. 69-70)

Les embryons surnumeraires
"Je ne peux personnellement me resoudre à la destruction des embryons surnumeraires. Au double titre de la fonction de biologiste en PMA, generateur et non destructeur de vie, et de celui du respect de cette vie potentielle qui caracterise le jeune embryon. Il n'est bien sûr pas question de m'opposer à la volonte des couples. S'ils veulent que leurs embryons soient detruits, je demande simplement qu'ils assurent la responsabilite du geste jusqu'au bout et viennent au laboratoire rechercher les embryons auxquels ils peuvent ensuite reserver le sort qu'ils veulent. Dans tous les autres cas de figure, passe un delai raisonnable d'attente prolongee et en dehors de tout cadre legal à ce sujet, je me permets de reconnaître aux embryons congeles orphelins l'aptitude à être disponibles pour une adoption prenatale. Il existe en effet de trop nombreuses demandes de dons d'embryons pour ne pas être tente d'y porter attention en donnant aux embryons abandonnes une nouvelle finalite. A charge des specialistes qui reçoivent ces demandes de dons d'assurer une necessaire decantation et de ne retenir que les cas pour lesquels ils peuvent être envisages.

Non seulement les embryons trouvent une nouvelle finalite qui les fait echapper à la destruction ou à la conservation à duree indeterminee, mais des couples peuvent trouver un aboutissement à leur souhait de parentalite non realise autrement. Dans des conditions qui leur sont, evidemment, clairement definies : celle d'une adoption prenatale d'embryons. Bien sûr la femme portera un enfant qui aux yeux de tous sera le sien, mais il y aura discontinuite genomique, comme pour l'adoption classique. D'un autre côte, des embryons dont la conception repose sur la volonte humaine ne sont pas euthanasies, par commodite, par cette même volonte. Ils seront entretenus dans un projet parental qui ne sera plus simplement le projet initial." (P. 199)