Alliance et Fécondité






Alliance et Fécondité : association de lutte contre la stérilité des couples  
MISÈRE DE LA BIOeTHIQUE
TITRE : Misère de la bioéthique
SOUS-TITRE : Pour une morale contre les apprentis sorciers

AUTEUR : Jean-Paul THOMAS
Présentation : Docteur en philosophie, professeur à l'Ecole Normale de Paris, anime un séminaire à l'Ecole des Hautes Études en Sciences Sociales.

EDITEUR : Albin Michel, 1990    COLLECTION : /     Nb Pages : 290

TYPE : Essai moraliste

NOTRE AVIS :
Un livre à lire lentement, en essayant de répondre aux questions posées au fur et à mesure. Des questions qui dérangent, décalées tout autant par rapport au discours médical, que par rapport à l'eglise. Un ton calme, mesuré, qui avance les arguments peu à peu, sans polémique. 8 pages de bibliographie dans lesquelles on trouve aussi bien Proust que Platon ou Marx, Testart que Verspieren. Un éclectisme qui montre l'ouverture d'esprit de l'auteur.
SOMMAIRE
I) L'EMERGENCE DES PROBLÈMES BIOeTHIQUES

   I.I La montee des perils
   (La liberation par la maîtrise. L'urgence d'une reflexion ethique. Le temps des inquietudes)

   I.II L'impossible dialogue
   (Medecins et citoyens. Problèmes economiques et problèmes ethiques.
   Le spectre de l'eugenisme. Quand la souffrance tient lieu d'argument)

II) LA CONSTRUCTION DES eNONCeS

   II.I Les donnees scientifiques et techniques
   (La question de la vulgarisation. La FIVETE et les techniques complementaires. De la procreatique animale à la biologie moleculaire. Du bilan scientifique aux questions ethiques)

   II.II La necessaire reformulation des questions prealables
   (La coherence de la doctrine de l'Eglise. Les limites de la doctrine de l'Eglise).

III) LES TYPES DE RePONSES

   III.I eloge de la casuistique.

   III.II Les trois grands courants
   (Pluralisme ethique et droit. Nature et volonte)

IV) FIGURES DE LA FINITUDE

   IV.I La faiblesse d'être ne

   IV.II La finitude selon Pascal, Feuerbach et Kant

   IV.III L'involontaire corporel, la maîtrise de soi et la maîtrise technique

   IV.IV Desir et alterite
   (Versions de l'amour medicalise. Desir d'enfant, desir de l'autre)

   IV.V Prevoir ou accueillir
   (L'eugenisme. L'adoption)

   IV.VI Naître et mourir
   (De l'emergence du sens à la mort. La fusion et l'independance)

V) DE L'eTHIQUE AU JURIDIQUE

   V.I Deux problèmes epineux
   (Les mères porteuses. L'insemination artificielle des femmes non mariees)

   V.II La morale et le droit
   (L'ordre juridique, condition de la possibilite de la morale.
   Le droit à la difference et ses limites

   V.III Propos et propositions juridiques

   V.IV Famille et citoyennete

EXTRAITS

La mise en scène de la souffrance, censee tenir lieu d'argument, a progressivement gagne du terrain sans notablement contribuer à la clarte du debat ethique. Il faut dire de la souffrance ce qu'on a pu dire du coeur : nul n'en a le monopole. A la souffrance des couples steriles, soumis à medicalisation inopportune et psychologiquement dangereuse, ballottes d'une technique à une autre et incapable de s'extraire du cycle des espoirs et des desillusions, mise en avant par les uns, d'autres opposent la souffrance des couples en attente d'enfant, et leur soulagement lors de la naissance de leur enfant conçu par fecondation in vitro.

Et puis la souffrance, qui participe du debat ethique, n'est pas un absolu devant lequel tout autre critère devrait s'effacer, à moins d'approuver l'auteur d'un hold-up parce qu'il souffre d'un manque d'argent !

Trop souvent la souffrance d'autrui est mobilisee en vue d'etayer des choix moraux qui repondent à d'autres exigences. Que l'on soit attache à une certaine conception de la maternite ou de la parentalite est une chose, et il n'est sans doute pas impossible d'en donner les raisons. Mais pourquoi arguer d'une souffrance dont on sait qu'en d'autres circonstances on ferait fi ? Y aurait-il un art de souffrir comme il faut ?


Qu'affirme l'Eglise ? Que, dès la fecondation de l'ovule, un individu est constitue, ses caracteristiques essentielles sont dejà determinees. Quels sont les faits ? La fusion des gamètes est à l'origine d'une nouvelle cellule. Ce zygote va se developper selon un dynamisme effectivement different des gamètes separes. Entre le sixième et le neuvième jour, l'embryon s'implantera, ou ne s'implantera pas, dans la paroi uterine. Environ la moitie des oeufs fecondes sont elimines spontanement. En outre, la possibilite que l'embryon se scinde en deux parties viables donnant des jumeaux persiste jusqu'entre le quatorzième et le dix-septième jour.

Les faits sont donc clairs : l'unite et l'unicite de l'être humain, dès l'instant de la fecondation, relève de la theologie, non de la science.


L'homme n'a pas seulement une existence corporelle, il a aussi une âme spirituelle. Mais l'a-t-il dès la conception ? Certains theologiens, comme saint Thomas, ont pense que l'animation de l'embryon n'etait pas immediate. D'autres, s'inscrivant dans la tradition des pères grecs, ont opte pour l'animation immediate, et le propos, s'est durci dans le contexte de la lutte contre l'avortement.

Le debat, en 1987, reste ouvert. La Congregation pour la Doctrine de la foi ne tranche pas sur la question theologique de la presence d'une âme spirituelle dès la conception, mais seulement sur la question morale du respect d'un être humain voulu par Dieu.

Obscur debat theologique, accessible aux seuls specialistes, et sans interêt pour un incroyant, dira-t-on. Il n'en est rien. Le problème que discutent les theologiens se retrouve sous une forme ou sous une autre dès lors que l'on marque la distinction entre être humain en puissance et personne. L'embryon humain ne possède pas les qualites que l'on reconnaît ordinairement à une "personne humaine", en premier lieu la conscience et la capacite de reflechir. Cependant la science ne permet pas de discerner un seuil qualitatif qui ferait passer l'embryon de l'humain en puissance à l'humain en acte. La transition de la puissance à l'acte est continue. Comment, dès lors, definir le moment à partir duquel on respectera l'être humain en puissance au même titre qu'une "personne adulte" ? N'est-il pas sage de lui manifester d'emblee un respect absolu ? L'Eglise rencontre un problème analogue à propos de l'âme spirituelle chez l'embryon, et les enjeux sont les mêmes.