Alliance et Fécondité













Alliance et Fécondité : association de lutte contre la stérilité des couples  
LA FEMME SANS : EXTRAITS 1/3

TITRE : La femme sans    AUTEUR : Madeleine Chapsal    EDITEUR : Fayard, 2001
stérilité et compassion (p. 181)

J'avais cru - et les femmes sans enfant me confient qu'elles ont toutes partage mon fantasme - que dans la mesure où j'avais le malheur d'être sterile, on allait me câliner, me chouchouter davantage encore.

Erreur !

Il y a peut-être des handicaps qui declenchent la compassion d'autrui, mais je puis assurer que ce n'est pas le cas de la stérilité !

stérilité et oeuvres (p. 130-131)

Dolto, qui me voulait delivree, sauvee de mon trop de souffrance, me dit à plusieurs reprises :
"Tu as tes livres, ce sont tes enfants !"
Je protestais aussitôt : en depit de la confiance que je lui faisais, de mon admiration pour son oeuvre, j'etais convaincue que, sur ce point precis, la grande analyste avait tort. Les livres ne sont des enfants pour personne. Ne le seront jamais.

En premier lieu, ils ne sont pas vivants - par consequent, ils ne sont pas mortels. Or, avoir affaire à des êtres mortels change toute la donne de l'amour. De plus, l'amour que vous pouvez eventuellement porter à vos textes, ces pauvres recueils de papier cousu ou colle ne sont pas bâtis pour vous le rendre ; ce ne sont que de simples objets... Enfin, conçus par vous mot à mot, ils ne sont pas en mesure de vous surprendre - ce que font sans cesse, pour le meilleur ou pour le pire, les enfants de chair !

En verite, croyez-en mon experience, vos livres, aui nombreux soient-ils, s'ils peuvent vous valoir des succès comme des inconvenients - d'etonnement, point ! Un auteur sait ligne à ligne ce qu'il a mis dans ses ecrits, même quand il croit l'avoir oublie.

Là dessus, je suis restee categorique face à Dolto comme à d'autres : en aucun cas des livres ou des oeuvres d'art ne sauraient remplacer des enfants.

Ce n'est pas dire que les enfants sont plus benefiques, ou moins "toxiques"... Nous observons tous à quel point certains d'entre eux empoisonnent, voire detruisent la vie de leurs parents, leur causant peines et deceptions, sans compter l'angoisse pour leur devenir... Tout compte fait, les enfants sont bien moins "gerables" que peut l'être une oeuvre.

Ce qui explique que beaucoup d'artistes - j'en ai discute avec eux - refusent deliberement d'en mettre au monde. Ils prefèrent, disent-ils, se consacrer, se devouer - même terme que pour les enfants - à leur oeuvre ! Garder pour elle le meilleur de leurs forces, de leur temps et de leurs facultes creatrices.

Pour moi, je ne crois pas qu'une oeuvre puise vous soutenir comme finissent souvent par le faire, l'âge venant, la presence et l'existence d'enfants.

Les enfants sont un rempart contre la mort. Elle surviendra, bien sûr, mais dès qu'on devient parent, la representation qu'on se fait de la brièvete de la vie se teinte d'idees de continuite, de transmission, donc d'eternite, en somme de consolation.

Si l'humanite perdure en tant qu'espèce vivante, c'est bien parce qu'elle se reproduit. Mais il en va de même pour l'individu : sa survie morale et affective passe le plus souvent par sa progeniture.