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| Accueil/Bibliographie/Témoignages de couples infertiles | |||
| Un jour, je suis morte - Macha Méril : EXTRAITS | |||
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TITRE : Un jour, je suis morte AUTEUR : Macha Méril EDITEUR : Albin Michel, 2008 |
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| stérilité de la vie (p. 32 et 53) | |||
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Que signifie être morte ?
Par exemple, quand j'écoute les récits de la vie des autres, je m'aperçois qu'ils ne me concernent jamais, qu'ils ne me touchent pas. (...) Je suis une somnambule parmi les personnes affairées, soucieuses d'atteindre un but clair, toujours le même : protéger un statut, une maison, des êtres chers. Mon statut est celui des intouchables, ma maison est mouvante, interchangeable, et les gens que j'aime se demande qui je suis, ce que je leur veux. Je suis une impasse, où l'on s'aventure un moment, le temps de comprendre qu'il faut rebrousser chemin, chercher une autre voie.(...) Ceux qui veulent m'aimer sont fatalement découragés, ils se heurtent rapidement à un barrage, à l'impossibilité de faire un projet. Pas d'amour sans projet. Pas de projet sans fécondité (...) L'oeuvre me direz-vous ? La parole qu'on laisse dans les autres, la douleur que l'on incarne momentanément et qui semble les rassurer ? Qu'est-ce donc en regard des cellules vivantes qui se multiplient et perpétuent la merveilleuse race humaine ? (...) Les artistes sont d'inébranlables martyrs, mais quand vient leur heure, même s'ils ont été couronnés de gloire et de fortune, c'est encore à leur enfants qu'ils s'en remettent pour accepter leur trépas. Après eux il y aura encore des êtres de chair et de sang pour maintenir la mémoire, pour que leur oeuvre ne soit pas méconnue, oubliée, évaporée. Et si le souffle du génie se répétait ? |
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| Fécondation in vitro (p. 39-43) | |||
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La fécondation in vitro n'est pas une petite affaire. On doit préparer son corps
avec rigueur et patience, comme pour une compétition sportive. Piqûres, analyses
sanguines, prélèvements, régime, pas de voyage, d'avion, pas de choc nerveux, pas
de fatigue, ne pas porter de valise, ne pas déplacer de meubles, éviter les talons
hauts, écouter son ventre, observer son teint, son visage, ses cheveux. On est concentré
pendant des mois sur un seul objectif, un seul : l'installation solide d'un ovocyte
fécondé dans un utérus récalcitrant, innondé de subtils cocktails pharmaceutiques
incitatifs. Ensuite, pour celles qui y croient, prières et incantations (...) Je me suis obstinée. J'ai recommencé sept fois, imperturbable. Un miracle, ça se travaille. Cette fois là n'était pas comme les autres : c'était ma dernière chance. Je bénéficiais déjà d'une tolérance car j'avais dépassé la limite d'âge légal. Le professeur m'avait annoncé qu'on s'arrêterait là, ce serait ma dernière tentative. C'est fou ce que peut faire une femme pour arriver où elle veut. Celles à qui un enfant vient naturellement, qui souhaiteraient parfois même s'en débarasser, ne connaissent pas leur chance. Dans les couloirs de la clinique que je fréquentais assidûment, par la force des choses, j'ai pu dénombrer les malheureuses qui étaient dans mon cas. Une petit foule intense, au regard inquiet, inquiétude qui va crescendo, selon l'âge, selon l'approche du jour J, chacune le sien (...) L'histoire de chacune est secrète, douloureuse. Il y a là-dessous des couples brisés, des compagnons déçus, contrariés, absents (...) Parfois la "faute" est sur eux, sur leur semence défaillante. La malchance est tombée sur eux. Alors ils promènent ce même air contrit qu'ont les femmes infertiles. Ils souffrent comme des enfants à qui l'on ne peut expliquer leur maladie, la cause de leur souffrance. |
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| Etre femme (p. 64-68) | |||
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Je n'appartiens pas non plus à la communauté des femmes, elles ne sont pas toujours
charitables puisque je ne peux partager leurs sensations, leurs conversations.
Elles parlent d'accouchement, d'allaitement, de troubles post-partum. Elles se plaignent
mais elles ne disent jamais qu'elles sont adoubées par la maternité, ça tombe sous
le sens, elles sont vivantes, c'est tout.
Simone de Beauvoir se trompait sur ce point. La femme ne perd rien dans la maternité.
Les enfants n'empêchent pas la transcendance. Au contraire. La première question qu'on vous pose est "Avez-vous des enfants ?" Quand on dit non, on sent la déception en face, le blocage. Ou la peine. Tournez ça dans le sens que vous voulez, tout repose sur la filiation. Je m'étonne que personne ne dise ce que je dis. Les femmes sont-elles si muettes quand elles sont dans le ghetto des infertiles ? Je m'étonne, mais je les comprends, Elles sont de l'autre côté, là bas, glacées, elles n'intéressent personne. Leur malheur n'a pas de consistance, pas d'écho. Elles n'ont qu'à se taire. |
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| Conseils aux jeunes femmes (p. 80-81) | |||
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Je leur dis : n'attendez pas, ne laissez pas votre ventre improductif, procréez,
n'écoutez pas les sirènes d'un féminisme qui a troublé les esprits de plusieurs
générations. La femme ne s'épanuoit tout à fait que si cette question est réglée.
Tout le reste peut attendre, vos capacités d'apprendre, d'inventer, d'organiser
et de vous rendre utile, se développeront si votre féminité. Et il n'y a pas de
plus belle féminité que la maternité, que l'enfantement. Etre femme est un privilège, pas un devoir. C'est un luxe si j'en juge par ma peine, par la tristesse immense qui s'abat sur les femmes qui ne peuvent pas avoir d'enfant. Saisissez votre chance quand elle se présente, embrassez la vie, ne craignez rien, affrontez le mystère de la procréation, car cela demeurera toujours un mystère, un miracle, que toutes les connaissances scientifiques n'élucideront jamais complètement. Vivez au plus vite cette aventure. Si vous ne le faites pas, vous le regretterez un jour. |
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